
Ce que beaucoup ignorent, c’est que dans son livre “Sur l’origine des espèces”, Darwin a consacré quelques chapitres à d’éventuelles erreurs et éléments qui pourraient ébranler sa théorie.. 1] À un moment donné, Darwin suggère même au chapitre 5 l’existence d’un Créateur qui dirigerait l’évolution, car certains organes, comme l’œil, sont si complexes qu’il faut plus qu’une “sélection naturelle” pour atteindre une telle complexité. On sait donc peu de choses sur le fait que Darwin a été un chrétien puis un agnostique, et non un athée. Darwin a également affirmé dans son livre que, selon sa théorie, les espèces nouvellement formées éradiqueraient la “forme ancestrale” inférieure parce qu’elle était “moins bien adaptée”. Cette affirmation est problématique en soi, car toutes les formes sont encore vivantes aujourd’hui : des bactéries, amibes, méduses et vers aux poissons, amphibiens et reptiles. Darwin l’a également reconnu.
Au chapitre VI, il se pose d’abord les questions suivantes :
Une foule d’objections se sont sans doute présentées à l’esprit du lecteur avant qu’il en soit arrivé à cette partie de mon ouvrage. Les unes sont si graves, qu’aujourd’hui encore je ne peux y réfléchir sans me sentir quelque peu ébranlé ; mais, autant que j’en peux juger, la plupart ne sont qu’apparentes, et quant aux difficultés réelles, elles ne sont pas, je crois, fatales à l’hypothèse que je soutiens. On peut grouper ces difficultés et ces objections ainsi qu’il suit :
1° Si les espèces dérivent d’autres espèces par des degrés insensibles, pourquoi ne rencontrons-nous pas d’innombrables formes de transition ? Pourquoi tout n’est-il pas dans la nature à l’état de confusion ? Pourquoi les espèces sont-elles si bien définies ?
2° Est-il possible qu’un animal ayant, par exemple, la conformation et les habitudes de la chauve-souris ait pu se former à la suite de modifications subies par quelque autre animal ayant des habitudes et une conformation toutes différentes ? Pouvons-nous croire que la sélection naturelle puisse produire, d’une part, des organes insignifiants tels que la queue de la girafe, qui sert de chasse-mouches et, d’autre part, un organe aussi important que l’œil ?
3° Les instincts peuvent-ils s’acquérir et se modifier par l’action de la sélection naturelle ? Comment expliquer l’instinct qui pousse l’abeille à construire des cellules et qui lui a fait devancer ainsi les découvertes des plus grands mathématiciens ? (192-193)
Darwin approfondit ensuite les organes d’une perfection et d’une complexité extrêmes :
Il semble absurde au possible, je le reconnais, de supposer que la sélection naturelle ait pu former l’œil avec toutes les inimitables dispositions qui permettent d’ajuster le foyer à diverses distances, d’admettre une quantité variable de lumière et de corriger les aberrations sphériques et chromatiques. Darwin admet que l’idée que l’œil, avec toute sa complexité et sa perfection, ait pu évoluer comme ça, est absurde. (206)
Cependant, il continue :
La raison nous dit que si, comme cela est certainement le cas, on peut démontrer qu’il existe de nombreuses gradations entre un œil simple et imparfait et un œil complexe et parfait, chacune de ces gradations étant avantageuse à l’être qui la possède ; que si, en outre, l’œil varie quelquefois et que ces variations sont transmissibles par hérédité, ce qui est également le cas ; que si, enfin, ces variations sont utiles à un animal dans les conditions changeantes de son existence, la difficulté d’admettre qu’un œil complexe et parfait a pu être produit par la sélection naturelle, bien qu’insurmontable pour notre imagination, n’attaque en rien notre théorie. Nous n’avons pas plus à nous occuper de savoir comment un nerf a pu devenir sensible à l’action de la lumière que nous n’avons à nous occuper de rechercher l’origine de la vie elle-même ; toutefois, comme il existe certains organismes inférieurs sensibles à la lumière, bien que l’on ne puisse découvrir chez eux aucune trace de nerf, il ne paraît pas impossible que certains éléments du sarcode, dont ils sont en grande partie formés, puissent s’agréger et se développer en nerfs doués de cette sensibilité spéciale. C’est exclusivement dans la ligne directe de ses ascendants que nous devons rechercher les gradations qui ont amené les perfectionnements d’un organe chez une espèce quelconque. Mais cela n’est presque jamais possible, et nous sommes forcés de nous adresser aux autres espèces et aux autres genres du même groupe, c’est-à-dire aux descendants collatéraux de la même souche, afin de voir quelles sont les gradations possibles dans les cas où, par hasard, quelques-unes de ces gradations se seraient transmises avec peu de modifications. En outre, l’état d’un même organe chez des classes différentes peut incidemment jeter quelque lumière sur les degrés qui l’ont amené à la perfection. (206) […] Toutefois, pour en arriver à une juste conception relativement à la formation de l’œil avec tous ses merveilleux caractères, qui ne sont pas cependant encore absolument parfaits, il faut que la raison l’emporte sur l’imagination ; or, j’ai trop bien senti moi-même combien cela est difficile, pour être étonné que d’autres hésitent à étendre aussi loin le principe de la sélection naturelle. (209)
Darwin s’appuie clairement sur sa “raison”, pas sur des faits scientifiquement prouvés, mais il admet que cela lui est difficile. A partir de là, cela devient vraiment frappant, et Darwin commence à parler d’un Créateur et d’un “pouvoir” qui dirigerait l’évolution :
La comparaison entre l’œil et le télescope se présente naturellement à l’esprit. Nous savons que ce dernier instrument a été perfectionné par les efforts continus et prolongés des plus hautes intelligences humaines, et nous en concluons naturellement que l’œil a dû se former par un procédé analogue. Mais cette conclusion n’est-elle pas présomptueuse ? Avons-nous le droit de supposer que le Créateur met en jeu des forces intelligentes analogues à celles de l’homme ? Si nous voulons comparer l’œil à un instrument optique, nous devons imaginer une couche épaisse d’un tissu transparent, imbibé de liquide, en contact avec un nerf sensible à la lumière ; nous devons supposer ensuite que les différentes parties de cette couche changent constamment et lentement de densité, de façon à se séparer en zones, ayant une épaisseur et une densité différentes, inégalement distantes entre elles et changeant graduellement de forme à la surface. Nous devons supposer, en outre, qu’une force représentée par la sélection naturelle, ou la persistance du plus apte, est constamment à l’affût de toutes les légères modifications affectant les couches transparentes, pour conserver toutes celles qui, dans diverses circonstances, dans tous les sens et à tous les degrés, tendent à permettre la formation d’une image plus distincte. Nous devons supposer que chaque nouvel état de l’instrument se multiplie par millions, pour se conserver jusqu’à ce qu’il s’en produise un meilleur qui remplace et annule les précédents. Dans les corps vivants, la variation cause les modifications légères, la reproduction les multiplie presque à l’infini, et la sélection naturelle s’empare de chaque amélioration avec une sûreté infaillible. Admettons, enfin, que cette marche se continue pendant des millions d’années et s’applique pendant chacune à des millions d’individus ; ne pouvons-nous pas admettre alors qu’il ait pu se former ainsi un instrument optique vivant, aussi supérieur à un appareil de verre que les œuvres du Créateur sont supérieures à celles de l’homme ? Si l’on arrivait à démontrer qu’il existe un organe complexe qui n’ait pas pu se former par une série de nombreuses modifications graduelles et légères, ma théorie ne pourrait certes plus se défendre. (209)
L’évolution ne se ferait-elle pas naturellement ? Un peu plus loin, il parle d’autres problèmes pour sa théorie, notamment des caractéristiques uniques chez des espèces non apparentées (comme les organes électriques chez les poissons ou les organes lumineux chez les insectes) :
Bien que nous ne devions admettre qu’avec une extrême circonspection l’impossibilité de la formation d’un organe par une série de transitions insensibles, il se présente cependant quelques cas sérieusement difficiles. Un des plus sérieux est celui des insectes neutres, dont la conformation est souvent toute différente de celle des mâles ou des femelles fécondes ; je traiterai ce sujet dans le prochain chapitre.
Les organes électriques des poissons offrent encore de grandes difficultés, car il est impossible de concevoir par quelles phases successives ces appareils merveilleux ont pu se développer. Il n’y a pas lieu, d’ailleurs, d’en être surpris, car nous ne savons même pas à quoi ils servent. Chez le gymnote et chez la torpille ils constituent sans doute un puissant agent de défense et peut-être un moyen de saisir leur proie ; d’autre part, chez la raie, qui possède dans la queue un organe analogue, il se manifeste peu d’électricité, même quand l’animal est très irrité, ainsi que l’a observé Matteucci. (214)
La géologie, en outre, ne nous permet pas de penser que la plupart des poissons ont possédé autrefois des organes électriques que leurs descendants modifiés ont aujourd’hui perdus. (215)
De plus, il écrit sur les structures inexploitées :
Les remarques précédentes m’amènent à dire quelques mots sur la protestation qu’ont faite récemment quelques naturalistes contre la doctrine utilitaire, d’après laquelle chaque détail de conformation a été produit pour le bien de son possesseur. Ils soutiennent que beaucoup de conformations ont été créées par pur amour de la beauté, pour charmer les yeux de l’homme ou ceux du Créateur (ce dernier point, toutefois, est en dehors de toute discussion scientifique) ou par pur amour de la variété, point que nous avons déjà discuté. Si ces doctrines étaient fondées, elles seraient absolument fatales à ma théorie. (227)
Darwin admet que si une caractéristique non fonctionnelle d’une certaine espèce animale ou végétale était présente uniquement par souci de beauté, afin que nous, en tant qu’humains, puissions en profiter, cela renverserait sa théorie. Un exemple : la beauté de certaines fleurs n’est certainement pas nécessaire lorsqu’il s’agit uniquement d’attirer les insectes. C’est donc un problème.
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Enfin, il parle aussi des structures ou des caractéristiques d’une espèce qui ne sont utiles qu’à une autre espèce :
Si l’on parvenait à prouver qu’une partie quelconque de la conformation d’une espèce donnée a été formée dans le but exclusif de procurer certains avantages à une autre espèce, ce serait la ruine de ma théorie ; ces parties, en effet, n’auraient pas pu être produites par la sélection naturelle. (230)
Avec cela, Darwin sape immédiatement sa propre théorie, car il y a effectivement des exemples. L’un d’eux est la guêpe biliaire et la formation d’une bile sur une feuille de chêne. Le chêne fait une enveloppe autour de l’œuf de guêpe à galle qui a été déposé sur la feuille. C’est le galle. Cette bile fournit de la nourriture à la larve de la guêpe, jusqu’à ce qu’elle soit complètement développée et commence à éclore. Différentes espèces d’insectes peuvent produire différentes formes de galle sur un seul et même arbre. C’est donc spécifique à un congénère. Mais le chêne n’a aucun avantage ici, bien au contraire. [3]
Au chapitre X, il aborde le problème des preuves fossiles manquantes.
J’ai énuméré dans le sixième chapitre les principales objections qu’on pouvait raisonnablement élever contre les opinions émises dans ce volume. J’en ai maintenant discuté la plupart. Il en est une qui constitue une difficulté évidente, c’est la distinction bien tranchée des formes spécifiques, et l’absence d’innombrables chaînons de transition les reliant les unes aux autres. J’ai indiqué pour quelles raisons ces formes de transition ne sont pas communes actuellement, dans les conditions qui semblent cependant les plus favorables à leur développement, telles qu’une surface étendue et continue, présentant des conditions physiques graduelles et différentes. Je me suis efforcé de démontrer que l’existence de chaque espèce dépend beaucoup plus de la présence d’autres formes organisées déjà définies que du climat, et que, par conséquent, les conditions d’existence véritablement efficaces ne sont pas susceptibles de gradations insensibles comme le sont celles de la chaleur ou de l’humidité. J’ai cherché aussi à démontrer que les variétés intermédiaires, étant moins nombreuses que les formes qu’elles relient, sont généralement vaincues et exterminées pendant le cours des modifications et des améliorations ultérieures. Toutefois, la cause principale de l’absence générale d’innombrables formes de transition dans la nature dépend surtout de la marche même de la sélection naturelle, en vertu de laquelle les variétés nouvelles prennent constamment la place des formes parentes dont elles dérivent et qu’elles exterminent. Mais, plus cette extermination s’est produite sur une grande échelle, plus le nombre des variétés intermédiaires qui ont autrefois existé a dû être considérable. Pourquoi donc chaque formation géologique, dans chacune des couches qui la composent, ne regorge-t-elle pas de formes intermédiaires ? La géologie ne révèle assurément pas une série organique bien graduée, et c’est en cela, peut-être, que consiste l’objection la plus sérieuse qu’on puisse faire à ma théorie. Je crois que l’explication se trouve dans l’extrême insuffisance des documents géologiques. (357-358) […] Toutes les espèces vivantes, d’après la théorie de la sélection naturelle, se rattachent à la souche mère de chaque genre, par des différences qui ne sont pas plus considérables que celles que nous constatons actuellement entre les variétés naturelles et domestiques d’une même espèce ; chacune de ces souches mères elles-mêmes, maintenant généralement éteintes, se rattachait de la même manière à d’autres espèces plus anciennes ; et, ainsi de suite, en remontant et en convergeant toujours vers le commun ancêtre de chaque grande classe. Le nombre des formes intermédiaires constituant les chaînons de transition entre toutes les espèces vivantes et les espèces perdues a donc dû être infiniment grand ; or, si ma théorie est vraie, elles ont certainement vécu sur la terre. (359-360)
Le problème est qu’ils n’ont toujours pas été retrouvés.
Il écrit aussi :
Plusieurs paléontologistes, Agassiz, Pictet et Sedgwick par exemple, ont argué de l’apparition soudaine de groupes entiers d’espèces dans certaines formations comme d’un fait inconciliable avec la théorie de la transformation. Si des espèces nombreuses, appartenant aux mêmes genres ou aux mêmes familles, avaient réellement apparu tout à coup, ce fait anéantirait la théorie de l’évolution par la sélection naturelle. (380)[…] Le cas sur lequel les paléontologistes insistent le plus fréquemment, comme exemple de l’apparition subite d’un groupe entier d’espèces, est celui des poissons téléostéens dans les couches inférieures, selon Agassiz, de l’époque de la craie. Ce groupe renferme la grande majorité des espèces actuelles. Mais on admet généralement aujourd’hui que certaines formes jurassiques et triassiques appartiennent au groupe des téléostéens, et une haute autorité a même classé dans ce groupe certaines formes paléozoïques. Si tout le groupe téléostéen avait réellement apparu dans l’hémisphère septentrional au commencement de la formation de la craie, le fait serait certainement très remarquable ; mais il ne constituerait pas une objection insurmontable contre mon hypothèse, à moins que l’on ne puisse démontrer en même temps que les espèces de ce groupe ont apparu subitement et simultanément dans le monde entier à cette même époque.(383-384)
Et puis ça devient de plus en plus special :
Il est une autre difficulté analogue, mais beaucoup plus sérieuse. Je veux parler de l’apparition soudaine d’espèces appartenant aux divisions principales du règne animal dans les roches fossilifères les plus anciennes que l’on connaisse. Tous les arguments qui m’ont convaincu que toutes les espèces d’un même groupe descendent d’un ancêtre commun, s’appliquent également aux espèces les plus anciennes que nous connaissions. Il n’est pas douteux, par exemple, que tous les trilobites cumbriens et siluriens descendent de quelque crustacé qui doit avoir vécu longtemps avant l’époque cumbrienne, et qui différait probablement beaucoup de tout animal connu. Quelques-uns des animaux les plus anciens, tels que le Nautile, la Lingule, etc., ne diffèrent pas beaucoup des espèces vivantes ; et, d’après ma théorie, on ne saurait supposer que ces anciennes espèces aient été les ancêtres de toutes les espèces des mêmes groupes qui ont apparu dans la suite, car elles ne présentent à aucun degré des caractères intermédiaires. (385)
Le problème est que le Nautilus et le Lingula continuent d’exister à ce jour, se distinguant à peine des fossiles vieux de “millions” d’années. Ainsi, selon Darwin, les “fossiles vivants” sont extrêmement problématiques !

Par conséquent, si ma théorie est vraie, il est certain qu’il a dû s’écouler, avant le dépôt des couches cumbriennes inférieures, des périodes aussi longues, et probablement même beaucoup plus longues, que toute la durée des périodes comprises entre l’époque cumbrienne et l’époque actuelle, périodes inconnues pendant lesquelles des êtres vivants ont fourmillé sur la terre. Nous rencontrons ici une objection formidable ; on peut douter, en effet, que la période pendant laquelle l’état de la terre a permis la vie à sa surface ait duré assez longtemps. (385)
Il ne peut pas l’expliquer ! Et puis il y a la remarque la plus frappante de Darwin :
Le problème reste donc, quant à présent, inexpliqué, insoluble, et l’on peut continuer à s’en servir comme d’un argument sérieux contre les opinions émises ici (387)
Et cette question n’est toujours pas résolue à ce jour ! Même les ancêtres des fossiles de l'”explosion cambrienne” n’ont pas encore été trouvés ! Et il a décidé :
Les diverses difficultés que nous venons de discuter, à savoir : l’absence dans nos formations géologiques de chaînons présentant tous les degrés de transition entre les espèces actuelles et celles qui les ont précédées, bien que nous y rencontrions souvent des formes intermédiaires ; l’apparition subite de groupes entiers d’espèces dans nos formations européennes ; l’absence presque complète, du moins jusqu’à présent, de dépôts fossilifères au-dessous du système cumbrien, ont toutes incontestablement une grande importance. Nous en voyons la preuve dans le fait que les paléontologistes les plus éminents, tels que Cuvier, Agassiz, Barrande, Pictet, Falconer, E. Forbes, etc., et tous nos plus grands géologues, Lyell, Murchison, Sedgwick, etc., ont unanimement, et souvent avec ardeur, soutenu le principe de l’immutabilité des espèces (389).
Darwin supposait que les formes de transition seraient trouvées dans le futur. Cependant, jusqu’à présent, aucun d’entre eux n’a été trouvé. Ils doivent même manipuler et falsifier les fossiles de leurs “formes transitoires” pour avoir des preuves de l’évolution. (Voir à ce sujet dans l’évolution des oiseaux, des baleines et de l’homme).
[1] http://classiques.uqac.ca/classiques/darwin_charles_robert/origine_especes/darwin_origine_des_especes.pdf
[2] http://www.oum.ox.ac.uk/learning/htmls/darwin.htm
[3] http://www.0095.info/nl/index_stellingen_thesennl_nl07.html
